Moteur de recherche
Le 18 Mai 2012
Une grande opération d'urbanisme
Le projet urbanistique
Suite à la condition posée par le Conseil général - percer une voie de communication entre la place d'Armes et le futur hôtel de préfecture - il appartient à la Ville de Poitiers de prendre sa décision avant le 1er janvier 1861.
La
ville semble alors déjà engagée, comme beaucoup d'agglomérations sous
le Second Empire, dans une entreprise de rénovation de son centre
ancien. Dans une lettre adressée au maire, le préfet souligne en effet
que " depuis des années, il a été exécuté de nombreux travaux
dans presque tous les quartiers de la ville ; ceux qui s'achèvent en ce
moment, tels que le marché de Notre-Dame, le boulevard de Solferino, le
boulevard sous Blossac dû à l'initiative de mon honorable prédécesseur,
témoigne de l'intelligente volonté de satisfaire aux besoins de la
population ". Et d'ajouter, car il argumente alors en faveur de la nouvelle voie à percer : "
mais une amélioration conduit à une autre, plus on fait, plus on
reconnaît la nécessité de faire ; telle est l'exigence du
progrès ". Le percement de la rue Impériale est voté par le Conseil municipal le 17 juin 1861.
Outre
cette volonté manifeste d'embellissement, la Ville voit dans ce
percement l'occasion de promouvoir un autre de ses projets : celui de
la construction d'un nouvel hôtel de ville, en débat également en 1860.
En effet, ainsi que l'explique le préfet à son ministre, " par une
coïncidence heureuse, le département de la Vienne et la ville de
Poitiers, avaient simultanément à reconstruire le premier son hôtel de
préfecture, l'autre son hôtel de ville. Des projets d'ouverture d'une
large voie destinée à mettre la place d'Armes en communication avec le
plateau qui domine la gare des voyageurs avaient aussi été étudiés. Dès
que je fus au courant de la question, je compris qu'il fallait profiter
de cette circonstance pour réaliser un plan d'ensemble ".
Pour
réaliser ce projet d'envergure, le préfet est cependant contraint de
revoir l'emplacement initialement prévu pour son hôtel puisque celui de
l'hôtel de ville est fixé, après nombre débats, au côté est de la place
d'Armes, ce qui pose un problème d'alignement et de symétrie.
Entre réactions et enthousiasme
Ce double projet, de construction d'un hôtel de préfecture et d'un hôtel de ville et de percement d'une nouvelle voie les reliant, suscite nombre débats et réactions contradictoires des Poitevins.
L'architecte de la ville, Fournier, est quant à lui plutôt enthousiaste : " Outre ces avantages que notre projet présente, il en est un autre, c'est que sur ce point il donne une physionomie nouvelle à la cité et toutes ces maisons qui vont être sous le choc de la destruction reparaîtront bientôt plus belles et plus élégantes ! Oui ! c'est en détruisant que nous pourrons obtenir de bons résultats ; Après le chaos de la destruction apparaîtra le calme et la satisfaction générale ; notre cité y gagnera donc."
Le percement de la rue Impériale
Afin de ménager un effet monumental, les architectes imaginent,
comme prolongement de la rue Impériale et précédant le nouvel hôtel,
une forme originale pour la place de la préfecture.
Les premiers
plans proposent souvent une place discontinue ; finalement, en 1866,
l'architecture Durand soumet le projet de dégagement semi octogonal sur
lequel débouchent la rue Impériale, la rue des Ecossais, entièrement
repensée, mais également le boulevard de la préfecture (actuel
boulevard Solferino) qui permet ainsi un accès direct de la place à la
gare des voyageurs. Gaëtan Guérinot dessine les élévations brique et
pierre, en harmonie avec les façades de l'hôtel de la préfecture. Les
constructions s'achèvent en 1878. C'est à ce même architecte, Guérinot
qu'est confié le projet et la construction du nouvel hôtel de ville
entre 1869 et 1875.
En somme, ce projet global d'urbanisme, depuis les premières décisions en 1860 jusqu'aux dernières constructions, à la fin des années 1870, propose un témoignage, sans doute parmi les plus remarquables, de rénovation urbaine dans la ville de Poitiers sous le Second Empire.
